
On entraperçoit depuis le trottoir la tour immaculée de l’église Saint-Sulpice. De part et d’autre, les passants déambulent, les boutiques ouvrent leurs volets. Saint-Germain-des-Prés s’éveille. On ralentit le pas quand s’annonce au regard la flamme orange d’un auvent tout récemment installé. C’est ici.
Bertille Dobler, architecte d’intérieur et directrice artistique de Maison Kyka, nous ouvre la porte, dont le pas serti d’une mosaïque annonce d’emblée ce qui se trouve à l’intérieur. Remontons avec elle le cours d’une histoire architecturale inédite chez Maison Kyka.
Bertille Dobler : “Après plusieurs années d’existence, Maison Kyka avait besoin d’un espace entièrement dédié à ses clients. Parce que partager notre vision de l’immobilier et de l’architecture d’intérieur est fondamental, nous souhaitions créer un lieu hybride, une juxtaposition des codes de l’appartement d’habitation, du showroom et de la galerie d’art. La projection est une partie essentielle d’un projet de rénovation, et nous voulions offrir la possibilité à quiconque d’être transporté dans l’appartement de ses rêves en franchissant le pas de notre porte. C’est désormais chose faite.”
Bertille Dobler : “Comme dans tout projet Maison Kyka, le choix du quartier est la clé de voûte. Et dans le cas du showroom, la Rive Gauche, et plus particulièrement Saint-Germain-des-Prés, se sont imposés immédiatement. Pour une marque comme la nôtre qui revendique un parisianisme contemporain et éclectique, c’était le lieu idéal. Le 6e arrondissement nourrit évidemment une image d’Épinal, avec ses lieux emblématiques comme le Café de Flore ou l’église Saint-Sulpice, mais c’est aussi et surtout un quartier chargé d’histoire, symbole de l’avant-garde culturelle et du style bohème-chic.”
Bertille Dobler : “Du point de vue esthétique, je suis partie des codes typiques de Maison Kyka : le mélange des matières et des imprimés, l’approche maximaliste, les courbes et surtout beaucoup de couleurs chaudes à l’instar du orange brûlé, du rouge cerise, du bois miellé et du beige. Dans une démarche immersive, j’ai développé le rez-de-chaussée comme une pièce de vie vitaminée et accueillante, alors que l’étage est plus intime et contemplatif. Je me suis également beaucoup inspirée de la scénographie des galeries d’art environnantes : l’aspect théâtral mais jamais figé était pour moi le parfait équilibre entre le côté pratique des lieux que nous imaginons et la culture du beau que nous défendons.
Bertille Dobler : “Avant même la rénovation, le principal enjeu était de trouver le lieu qui correspondait à l’ensemble de nos critères : un espace atypique, doté d’une belle vitrine qui donne envie de rentrer, beaucoup de lumière, et un étage. L’ancienne boutique de cosmétique dans laquelle nous nous trouvons actuellement remplissait toutes ces conditions. Mais aménager 51 m2 n’est pas chose aisée, et c’était là la contrainte majeure de la conception : délimiter les espaces sans perdre en luminosité, intégrer des rangements astucieux ainsi que les éléments techniques comme la domotique, la climatisation, le chauffage au sol. Exactement comme chez nos clients finalement.”

Bertille Dobler : “Comme précédemment évoqué, la vitrine nous a beaucoup plu, et notamment sa ferronnerie Art déco à motif d’entrelacs ovalisés. Ce langage esthétique intervient à différents endroits à l’intérieur du showroom, notamment au niveau de l’escalier qui est lui aussi en fer forgé doté des mêmes motifs ovales. Cette pièce qui au passage a dû être démontée lors des travaux et entreposée dans notre centre logistique durant la majeure partie des travaux.”
Bertille Dobler : “Absolument tout a été réalisé sur mesure dans le showroom. L’ensemble des menuiseries, le parquet, la cuisine, les assises et j’en passe. Telle est notre conception de l’art d’habiter : une conception qui épouse les aspérités et l’âme d’un lieu de manière unique.”
Bertille Dobler : “Chez Maison Kyka, nous avons vraiment à cœur de valoriser les savoir-faire artisanaux, toujours dans une tonalité contemporaine. Faire appel à l’intelligence de la main est le vrai gage de durabilité de nos intérieurs, et apporte un supplément d’âme qu’on ne retrouve pas ailleurs. Au rez-de-chaussée le sol est recouvert d’une magnifique mosaïque réalisée par Garance Dupont. Les faisceaux formés par les tesselles de différentes couleurs sont une ode au mouvement, et invitent à avancer dans la pièce.
Au niveau de la cage d’escalier, on aperçoit un superbe vitrail sur mesure, façonné par l’atelier Fany Glass avec qui nous collaborons très régulièrement, qui cette fois-ci reprend des codes beaucoup plus géométriques, clin d’œil appuyé au papier peint du mur. Le vitrail jumeau se trouve un niveau au-dessus, mais se démarque par des motifs végétaux très Art nouveau — hommage à l’architecture haussmannienne oblige.
Enfin, le clou du spectacle se situe dans le salon et matériauthèque du premier étage. Il s’agit d’une fresque peinte par Arnold d’Alger et ornée à la feuille d’or. Elle déploie un panorama de nos emblèmes les plus chers : Paris, la clé, le trèfle à quatre feuilles, la cigogne. Autant d’incarnations du foyer, de la bonne fortune et de la transmission qui nous sont chères.”
Bertille Dobler : “Nous parlions tout à l’heure de l’aspect scénographié. Il prend tout son sens à mesure qu’on déambule dans le showroom, et qu’on croise ça et là de réelles œuvres d’art. Je pense par exemple à ce tableau d’émail sur métal de Christophe Mirande, qui renvoie la lumière de façon fascinante et qui invite à une contemplation presque spirituelle. Une autre pièce qui me touche particulièrement est une céramique de Cécile Fouillade, très délicate et organique, à la croisée d’une anémone de mer et d’une plume. Toutes ces pièces ont été soigneusement sélectionnées au sein des collections de la galerie Empreintes, qui met en lumière l’art français dans ce qu’il a de plus varié."